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Voyage au bout de l’enfance

de Rachid BENZINE

Éditions du Seuil, janvier 2022
Prix : 13.00 €

COUP DE COEUR • Roman famille et société • Par Sophie • 15 février 2022

Au nom de l’État islamique, des enfants ont été embrigadés dans des camps depuis des années, parqués malgré eux dans l’horreur.

Dans un roman vibrant et dérangeant, le chercheur et auteur Rachid BENZINE se penche sur cette question d’actualité. Sur le voyage au bout de l’enfer. Il prête ses mots à la voix, aux yeux et au coeur de l'enfance.

Fabien est un petit garçon heureux qui aime, le football, la poésie et ses copains, jusqu’au jour où ses parents rejoignent la Syrie. La famille quitte son petit appartement de Sarcelles pour se rendre à Raqqa.

Il va subir la mentalité, les lionceaux du califat, l’endoctrinement et faire face à la défaite de Daesh. Après la chute de l’État islamique, Fabien va, comme de nombreux autres enfants, se retrouver dans un camp, une zone de déshumanisation.

Ce cauchemar éveillé, cette horreur de la guerre, Fabien va l'affronter, petit, lucide et courageux. Il va puiser dans ses souvenirs, dans les mots, dans la poésie de Prévert, pour trouver de la beauté face à l’innommable.

L’ONU estime à 13 000 le nombre de personnes déplacées par la guerre en Syrie, dont une majorité d’enfants, considérés comme une génération sacrifiée.

Avec ce roman, Rachid BENZINE rappelle l'impensable, réfute le déni collectif et réhabilite le légitime.
Un texte fort, engagé, courageux. Un "Petit Pays (G. FAYE) à sa façon. MERCI.

«Aujourd’hui, tu ne vas pas en classe. On part en voyage. Papa et maman, ils étaient très excités. Je les avais jamais vus aussi heureux. Ils m’ont dit que c’était le paradis ici. Moi je croyais que le paradis c’était dans le ciel, quand on est mort. Papa s’est habillé avec des vêtements très larges et un turban. Maman a mis un niqab. Tout noir. Et puis il ne faudrait plus l’appeler Fabien, mais Farid…Trois mois. D’après maman, ça fait précisément trois mois aujourd’hui qu’on est enterrés dans ce fichu camp. Et ça fait presque quatre ans que j’ai quitté l’école Jacques-Prévert de Sarcelles. »

Rachid BENZINE

Derniers Coups de Coeur

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Vivre vite

de Brigitte GIRAUD

PRIX GONCOURT 2022

RENCONTRE EVENEMENT AVEC BRIGITTE GIRAUD
Mardi 10 janvier 2023


Ils sont beaux, ils sont jeunes, ils sont au seuil d’un nouveau départ.

Lui a 41 ans et la musique pour raison d’être. Elle 36 ans et l’écriture comme point d’équilibre.

Parents d’un petit garçon, le jeune ­couple, un brin bohème, vient d’acquérir une maison à la lisière de la ville. Un cocon protecteur où ils s'imaginent déjà poser leurs valises, se projetant insouciants le reste de leur vie… Mais ils n’en auront pas le temps.

En un récit tendu qui agit comme un véritable compte à rebours, Brigitte GIRAUD tente de comprendre et de dénouer ce qui a conduit à l’accident de moto et ce qui a coûté la vie à son mari, Claude, un jour d'été en 1999.

Vingt ans après, l'auteure sonde les questions restées longtemps sans réponse. Hasard, destin, coïncidences ?

Elle revient sur les journées qui ont précédé le point d'arrêt d'une existence familiale joyeuse. Des journées comme emballées en une suite de dérèglements imprévisibles jusqu’à produire l’inéluctable.

Brigitte GIRAUD touche par son écriture, teintée de nostalgie douce. Elle interroge avec grâce, en distance temporelle, les rouages d un événement conduisant au tragique d une vie.

Vivre vite ou comprendre l'incompréhensible.

COUP DE COEUR • Roman famille et société • Par Sophie • 03 novembre 2022
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Tenir sa langue

de Polina PANASSENKO

Lisez bien le prénom de l’autrice sur la couverture de ce premier roman.
Attardez-vous sur les voyelles de début et de fin, faites-leur cet honneur.

À son arrivée à Saint-Étienne au lendemain de la chute de l'URSS, Polina devient Pauline.

Vingt ans plus tard, elle vit à Montreuil. Elle a rendez-vous au tribunal de Bobigny pour batailler, justifier et tenter de récupérer son prénom de naissance.
L’administration française est butée, retorse mais Polina, devenue grande, lui tient tête.

D'un côté, la Russie de l'enfance, inoubliable, celle de la datcha, de l'appartement communautaire où les générations se mélangent.
De l'autre, la France, les apprentissages sociaux et culturels, l’aventure quotidienne des mots appris et des mots retenus.

Le cloche pied verbal permanent, la jonglerie imposée entre les mots de la ­famille et des grands-parents russes que l’on revoit aux vacances et les mots des camarades, des professeurs et des voisins.

« Russe à l’intérieur, français à l’extérieur. Ce n’est pas compliqué. Quand on sort, on met son français. Quand on rentre à la maison, on l’enlève. On peut même commencer à se déshabiller dans l’ascenseur. Sauf s’il y a des voisins. S’il y a des voisins, on attend. Bonjour. Bonjour. Quel étage ? Bon appétit. Il faut bien séparer, sinon on risque de se trouver cul nu à l’extérieur. »

Il faut donc savoir ouvrir l’œil aussi.

Fidèle à son identité, à sa mémoire et à ses origines, la primo-romancière Polina PANASSENKO propose un témoignage de vie, construit autour de deux langues et de deux pays.

Elle révèle une voix intime, juste et digne avec un récit drôle, tendre et frondeur.


COUP DE COEUR • Roman biographique • Par Sophie • 09 octobre 2022
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