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les cocottes rousses
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Nom

de Constance DEBRE

Éditions Flammarion, février 2022
Prix : 19.00 €

COUP DE COEUR • Roman famille et société • Par Sophie • 04 mai 2022

Que faut il accepter, que faut il refuser d'un héritage, d'un nom ?

Constance Debré ne se contente pas d'envoyer tout valser.
Elle vit vrai. Elle écrit cash.

Sa trajectoire de naissance, engluée dans une famille bourgeoise de médecins et de ministres, semblait faussement toute tracée : un nom, des études brillantes, une carrière d'avocate, un couple, un enfant...

Et puis ? Et donc ? Et alors ?

" (...) J'ai fait du droit. J'ai fait du droit pour comprendre. Pas pour être avocat. Avocat, c'est venu plus tard, quand il a fallu choisir son camp. Ceux de ma famille font la loi, je préfère plaider contre, ceux de ma famille sont dans le camp des vainqueurs, je préfère les vaincus (...)".

Elle ne fera pas que casser les barreaux et s'affranchir de sa cellule natale. Si elle vit comme elle vit, si elle écrit ce qu'elle écrit, ce n'est pas pour elle, ce n'est pas par goût personnel, ce n'est pas pour son petit confort personnel. C'est par rapport à l'ordre des choses, c'est parce qu'elle doit faire ce qu'elle fait sinon le monde serait fou.

Constance Debré est une pensée qui vomi le déni et l'aveuglement collectifs, qui donne à réfléchir aux mécanismes d'enfermement tissés depuis l'enfance.

" (...) Voilà ce que je pense, que je sauve le sens du monde avec ma vie. (...) C'est parce qu'à un moment quelqu'un doit faire ce que je fais (...).
Qu'on en peut plus de la petite obscénité de la bourgeoisie, des familles, de l'enfance (...) Parce que ces trois choses, la famille, l'enfance et la bourgeoisie, se tiennent la main dans ce cirque fou dans lequel on nous enferme (...)"

Vous l'aurez compris, Constance Debré ne fait pas dans la littérature. Et elle est ne fait pas davantage dans la dentelle.

" (...) Je voudrais qu'on ne me dise pas d'être sympa, polie, qu'il faut faire attention avec mes phrases, qu'il ne faut pas donner aux gens l'impression que je leur crache à la gueule (...)"

Se fout-elle de tout ? Certainement pas. Elle pense, elle acte et elle oeuvre sa vie pour une liberté ultime.

" (...) La vérité c’est que je suis le contraire de quelqu’un qui s’en fout. Tout ce que je fais c’est parce que je ne m’en fous pas (...)."

Gros gros coup de coeur !



« J’ai un programme politique. Je suis pour la suppression de l’héritage, de l’obligation alimentaire entre ascendants et descendants, je suis pour la suppression de l’autorité parentale, je suis pour l’abolition du mariage, je suis pour que les enfants soient éloignés de leurs parents au plus jeune âge, je suis pour l’abolition de la filiation, je suis pour l’abolition du nom de famille, je suis contre la tutelle, la minorité, je suis contre le patrimoine, je suis contre le domicile, la nationalité, je suis pour la suppression de l’état civil, je suis pour la suppression de la famille, je suis pour la suppression de l’enfance aussi si on peut. »

Derniers Coups de Coeur

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La ligne de nage

de Julie OTSUKA (auteure), Carine CHICHEREAU (trad. de l'anglais par)

Lauréate du Femina étranger il y a dix ans pour son titre "Certaines n’avaient jamais vu la mer", la romancière américaine d'origine japonaise Julie OTSUKA explore à merveille, dans ce nouveau roman, le grand âge et ce qui se noue dans les dernières séquences d'une vie.

Elle offre un texte poignant sur la fin de vie d'une vieille dame, Alice, qui glisse doucement vers la démence.
Alice qui va à la piscine pour faire ses lignes de nage. Dans un bassin aux allures de huis clos chloré, elle fait partie d'une communauté de nageurs, réglés comme du papier à musique, ondulant dans un ballet parfaitement orchestré et chorégraphié.

Alice trouve un vrai réconfort à nager "là en bas". Elle pense : "Là en bas", se trouve la tranquillité, loin du fracas du monde de là-haut".

Lorsqu'une fissure apparaît au fond du bassin, puis deux, puis des dizaines, ce sont en réalité d'irréversibles fêlures qui s'annoncent pour son cerveau.

Alice oublie peu à peu presque tout. Mais elle se remémore les moments importants de sa vie : son enfance, la guerre, son internement dans un camp, son amoureux, son mariage, la perte de sa première fille "parfaite" et...Et la relation compliquée avec sa seconde fille qui essaie de trouver des solutions et cherche une institution pour y accueillir dignement sa mère, non sans peine.

Alice dans sa ligne de nage qui remonte à la surface, fait des longueurs, la dernière, puis voit venir l'heure de fermeture de la piscine.
Alice dans sa ligne de vie qui revit ses souvenirs, rythme ses émotions, puis voit venir sa fin annoncée.

Julie OTSUKA déploie dans ce roman une douce langue métaphorique. Elle capte les variations, les rétrécissements et les fragilités imposés par le gouffre du temps comme les moments suspendus qui illuminent une vie irrémédiablement tendue vers la mort. Elle confirme ici un immense talent et sa pleine capacité à explorer le beau et le dramatique dans un style à faire pâlir.

COUP DE COEUR • Roman famille et société • Par Sophie • 12 septembre 2022
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Ada et Graff

de Dany HERICOURT

" Au Pays de Galles, on menace les enfants pas sage d'être donnés aux gypsies. Les enfants anglais, eux, sont envoyés chez les Gallois. "

Entre passé et présent, Ada et Graff raconte une histoire de liberté et d’amour portée par deux personnages lumineux et décalés.

Dans un village du Massif Central, Ada, veuve du très respectable médecin local, fait figure d'excentrique : une anglaise gracieuse et polie qui malgré son âge avancé se baigne chaque matin dans la rivière qui longe sa propriété.
Ada est une femme secrète, une femme blessée qui espère toujours revoir sa fille Beca, son unique enfant, enrôlée dans une secte dans un hameau cévenol.

Graff, vieil homme qui a parcouru toute l'Europe, est un funambule de cirque de passage bien trop blessé pour poursuivre sa route.
Il installe sa roulotte et son cheval dans une friche attenante à la maison d'Ada.

La vieille dame anglaise et l’ancien funambule tsigane ignorent que la vie les précipite déjà l’un vers l’autre. Car l’âge n’entame ni l’imagination, ni le désir, ni l’audace.

Leur aventure, que certains ne voient pas d’un bon œil, pourrait les emporter loin, bousculant au passage bien des existences.

" Graff l'observe en se souvenant que la nuit dernière, comme il ne parvenait pas à se décider, il a joué la chose aux dés. S'il lançait un trio de six, il rendait visite à la propriétaire du terrain. Non qu'il ressente la moindre obligation, mais parce qu'elle l'avait amusé avec son troc, son truc. Aussi parce que depuis sa venue en pleine nuit, les mauvais rêves avaient cessé. Depuis trois jours, il dort d'une traite et ne suit plus les empreintes fantomatiques de la mort.
Les trois dés jetés sur la table de la caravane alignèrent un quatre, un deux et un cinq. Il rangea le jeu en songeant que le défi lancé au hasard manquait de précision. S'il obtenait une série de six, il lui rendait visite, soit. Cependant il n'avait pas formulé l'action inverse : qu'adviendrait-il s'il n'obtenait pas les trois six ? De toute manière, jouer une femme aux dés manque d'élégance. "

Dany HERICOURT dont on avait beaucoup apprécié le roman " La cuillère " (rentrée littéraire 2020), offre un récit tendre et profond.
Une rencontre entre gravité et grâce, entre raison et passion.

COUP DE COEUR • Roman amour et amitié • Par Sophie • 19 août 2022
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