Nos derniers coups de coeur adulte

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Aller en paix, de Ludovic ROBIN

Éditions du Rouergue (collection La Brune), janvier 2017
Prix : 21,80€

À la fin des années 1980, un jeune couple et leurs deux enfants s’installent dans un hameau isolé des Alpes, les Plastres. Lui travaille comme élagueur. Elle est une jeune femme brillante mais fragile. Il l’aime d’un amour infini, qui ne les protégera de rien. Vingt ans plus tard, il se souvient de ces deux derniers hivers, lumineux et noirs.

Ludovic Robin ausculte remarquablement le quotidien d’un couple, de son âge d’or à sa fin. Le regard qu’il porte sur nos existences frappe par sa sensibilité : de quoi sont faites nos vies, forces et failles secrètes, comment fait-on pour rester vivant, aller en paix en s’affranchissant de toute haine pour ceux qui nous ont quittés.

Premier roman impressionnant. Des personnages forts. Un moment de lecture poignant.

 

 

Chère brigande, de Michèle LESBRE

Éditions Sabine Wespieser, février 2017
Prix : 12,00€

La silhouette libre et rebelle de Marion du Faouët, «Robin des Bois» bretonne qui, dans les premières années du XVIIIe siècle, prenait aux riches pour redistribuer aux pauvres, a toujours fasciné Michèle Lesbre.
Parce qu’une femme aux cheveux roux prénommée Marion, qui avait élu domicile dans une boutique désaffectée en bas de chez elle, a soudain disparu, les traits de l’autre Marion, la «chère brigande», se superposent à ceux de la SDF parisienne. L’écrivain décide alors de partir sur les traces de l’insoumise bretonne, qui mourut sur le gibet à trente-huit ans, lui adressant, pour conjurer l’injustice du monde et sa propre impuissance, une longue lettre.

Ce texte lumineux laisse sonner le rire frondeur d’une gamine formée à l’école de la vie, d’une grande amoureuse, d’une femme qui a lutté à sa façon contre une misère choquante. Une belle manière de nous parler d’elle, de nous, du monde dans lequel nous vivons.

Chère brigande est le onzième livre de Michèle Lesbre, certainement le plus personnel. Ce récit est une splendide balade, baignée de mélancolie, dans les sentiers buissonniers de la mémoire.

 

 

Joie, de Clara MAGNANI

Éditions Sabine Wespieser, février 2017
Prix : 17,00€

Gigi, cinéaste septuagénaire, est retrouvé mort sur sa terrasse. Un décès soudain et une mort telle qu’il l’avait toujours souhaitée : rapide et indolore. En faisant le tri dans les affaires personnelles de Gigi, sa fille Elvira trouve un manuscrit. Ce qu’elle croyait être un scénario est en fait le récit de l’histoire d’amour entre son père et Clara, une journaliste belge de 20 ans sa cadette. Leur histoire, ils devaient l’écrire à quatre mains. Clara, tiendra sa promesse et racontera à son tour sa vision du « mature love ». Plus qu’un simple récit sur une histoire d’adultère, c’est une autre vision de l’amour, un amour profond, bien que caché, et qui n’entrave en rien, la vie maritale.

Quand Clara Magnani nous parle d’adultère, c’est avec tendresse et une réelle bienveillance. Prometteur !

 

 

Article 353 du code pénal, de Tanguy VIEL

Éditions de minuit, janvier 2017
Prix : 14,50€

Pour avoir jeté à la mer le promoteur immobilier Antoine Lazenec, Martial Kermeur vient d’être arrêté par la police. Ancien ouvrier spécialisé, licencié de l’arsenal de Brest, Kermeur a commis un crime et ne le nie pas. Au juge devant lequel il a été déféré, il retrace le cours des événements qui l’ont mené là : son divorce, la garde de son fils Erwan, son licenciement et puis surtout, les miroitants projets immobiliers d’Antoine Lazenec, sa victime. Il faut dire que la tentation est grande d’investir toute sa prime de licenciement dans un bel appartement avec vue sur la mer. Encore faut-il qu’il soit construit…

Dans ce roman politique et social, Tanguy Viel pose la question de la légitimité de la violence face à la cupidité humaine et destructrice.

 

 

La chair, de Rosa MONTERO

Éditions Métaillé, janvier 2017
Prix : 18,00€

Pas facile d’accepter son âge quand on a soixante ans, qu’on vit seule et que votre amant vous quitte pour faire un enfant avec sa jeune épouse. Soledad engage donc un gigolo de trente ans pour l’accompagner à l’opéra et rendre jaloux le futur père. Mais à la sortie, un événement inattendu et violent bouleverse la situation et marque le début d’une relation trouble, volcanique et peut-être dangereuse.  Soledad se rebelle contre le destin avec rage et désespoir, avec humour aussi, et le récit de son aventure se mêle aux histoires des écrivains maudits de l’exposition qu’elle prépare pour la Bibliothèque nationale.

La Chair est un roman audacieux et plein de surprises, l’un des plus subtils et personnels de l’auteur. Son intrigue touchante nous parle du passage du temps, de la peur de la mort, de l’échec et de l’espoir, du besoin d’aimer et de l’heureuse tyrannie du sexe, de la vie comme un épisode fugace au cours duquel il faut dévorer ou être dévoré. Le tout dans un style allègrement lucide, cruel et d’une ironie vivifiante.

Rosa Montero prouve qu’elle est une grande romancière en décortiquant avec acuité et humour les sentiments d’une séductrice impénitente aux prises avec les ravages du temps.

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